Les
premiers temps, lors de la toilette du jeudi matin, je fus touché par
l’impression de fragilité que dégageais la vision
des corps sur le béton. Par la suite dans le bruit de l’eau
sur la lumière, je vis le bien-être que ces patients ressentait.
L’eau glissait sur eux comme si le temps et la solitude n’était
plus un barrage, ni la folie d’ailleurs.
«
C’est le démon qui est responsable » me dit le pasteur,
responsable du centre. Alors le dimanche et le lundi après-midi
des anges venaient ! Dans l’église, au bord de l’apoplexie,
déshydratés par la sécheresse de l’air, ces
anges appelaient Jésus de Nazareth pour qu’il délivre
les malheureux de leurs « chaînes ».
C’est peut être cette ensemble de regards, de vides, de silences,
d’égarements que l’on appelle la folie.
Je ne sais toujours pas.
Je sais qu’il ne faut pas se hâter de juger : le centre d’éveil
tenus par l’église Luthérienne de Madagascar fonctionne
avec un budget de 150 euros par mois (fruits des dons et de la vente
de quelques légumes lors d’enchères organisées à la
fin des offices). Il y a 198 patients au centre : malades, handicapés
mentaux et physiques, toxicomanes. Certains viennent de villages situés à plusieurs
jours de taxi-brousse et sont là depuis plusieurs années.
Ils sont parfois accompagnés d’un proche en charge des repas
et de leur propreté pour la durée du traitement. Mais d’autre
ont été abandonnés à l’entrée
du village. Une fois « la guérison » d’un patient
décidé par le comité directeur du village (sur avis
d’un « ange »), le malade peut bénéficier
gratuitement d’une parcelle de terrain au village pour y construire
une case. Il viendra ainsi agrandir la communauté des bénévoles
du centre.
Se pose alors la question de la dignité et du devenir des patients
les plus atteints en raison de leurs conditions de vie et en l’absence
de moyens modernes de diagnostics et de traitements.
Mais le centre d’Antoby a le mérite d’offrir les premiers
gestes d’un réconfort dans un pays ou la foi est grande.
Sans eux cela serait pire …